La Belle Verte, du maraichage en altitude

Par Stéphanie DEGOUTE
Stéphanie Degoute

S’installer à 750m d’altitude, en Aveyron, hors cadre familial, sur un terroir pas franchement favorable au maraîchage … un pari un peu fou, relevé avec brio par Manou et Gabin ! Présentation ce mois-ci, avec le retour des légumes au bon de commande de La Belle Verte (GAEC LBV).

Des bancs de la fac…à la Polynésie … au maraichage

Ici, on n’est pas agriculteur de père en fils, loin s’en faut ! C’est sur les bancs de la fac que l’histoire a commencé.

Manou, d’origine madrilène, rencontre Eva, la soeur de Gabin, juste avant qu’elle ne parte en Polynésie française, à Moorea, pour un projet de thèse en Anthropologie. Peu importe, il la suit !

Et c’est à l’autre bout du monde qu’ils apprennent tout autre chose : les bases du jardinage, et ce, dans un climat favorable, puisqu’il n’y a, là-bas, « qu’à attendre que ça pousse ! » En rentrant, ils rêvent tous les deux d’autonomie alimentaire, mais ne sont pas fixés sur l’endroit où s’installer. Ils font alors une bonne année de woofing dans des fermes entre la France et l’Espagne et se rendent vite compte que l’Espagne n’est pas le lieu idéal pour s’installer, vu le prix des terres agricoles, le peu de débouchés pour les produits bio et le manque d’enthousiasme pour les produits locaux. Ils se tournent alors vers la France, et plus particulièrement l’Aveyron, où vivent les parents d’Eva.

Après un an et demi de recherche de terrain infructueuse, ils sont prêts à laisser tomber ce projet quand ils trouvent enfin un terrain de 2 hectares à louer au Vibal. Oui, mais le Vibal, c’est à 750m d’altitude, aux quatre vents, sous la neige l’hiver… Bref, ce ne sont pas les conditions de la Polynésie !

Le 1er avril 2018, Manou s’installe donc, avec de l’aide familiale (Eva, son frère Gabin et parfois même leurs parents).

 

Contact

Gabin s’installe un an et demi plus tard, le 1er janvier 2020. Il a lui aussi un parcours universitaire, mais, le grand air, l’autonomie alimentaire, la campagne et le maraîchage lui parlent finalement plus que la sociologie ! C’est la création du GAEC la Belle Verte.

Entre temps, se pose la question de la formation agricole. Ils décident de ne pas en faire, mais de se former plus intensément chez un couple de maraîchers ariégeois rencontré lors de leur séjour en woofing, installé en bio depuis plus de 30 ans, en se disant qu’ils en apprendraient plus chez eux, les mains dans la terre, que sur le banc de l’école. Ils font ainsi des stages d’un mois chez eux à différentes périodes de l’année. C’est comme dit Eva, « la rencontre totem ». En échange, ils viennent en Aveyron pour voir l’installation de Gabin et Manou et valider tous les aspects techniques (serre, irrigation, semis, plans de culture …).

La ferme

Les voilà donc à deux sur un petit lopin de terre de 2ha, et des conditions climatiques difficiles. Mais ils n’ont peur de rien si les outils de la ferme sont bien adaptés.

Conseillés par leurs mentors donc, ils installent sur la ferme une première serre, suffisamment résistante à la neige en cas de fortes chutes. Ils s’équipent également de voiles thermiques afin de pouvoir protéger les légumes du froid parfois glacial au Vibal (il a fait -17°C en 2015 au bord du lac…!).

Il faut bien le dire, l’année 2018 sera un peu du bricolage, la fameuse serre étant montée … après l’été. Mais ce n’est que le début !

Situé à l’entrée du Vibal, le terrain fait 2 hectares, mais seulement un gros hectare est exploitable. Ils disposent également d’un grand hangar, bien utile pour préparer les semis à l’abri des intempéries, stocker les courges, entreposer du matériel, et même faire un petit magasin à la ferme.

La prairie n’étant pas cultivée depuis une dizaine d’année, ils ont pu s’installer directement en agriculture biologique.

Ils cultivent donc toute une gamme de légumes variés – plus d’une cinquantaine. Ils privilégient des variétés anciennes mais ne sont pas fermés sur la question ! Pour des raisons de rusticité et de précocité, une partie des plants de tomates, d’aubergines et de poivrons sont greffées. Ils récupèrent les semences sur certains légumes : tomates, haricots, pois, courgettes, etc. Les autres semences viennent d’un semencier sélectionné avec attention : il s’agit d’une maison semencière familiale, respectant la charte biologique ainsi que le cahier des charges « Demeter ». De manière générale, tous les intrants de la ferme sont sélectionnés avec attention : les amendements, par exemple, proviennent des fermes aux alentours (fumier de brebis bio, et fientes de poules de Roland).

Même si Manou et Gabin font tout pour avoir des légumes toute l’année, les mois d’avril et de mai restent « creux » du fait des cultures d’hiver qui s’épuisent et de l’implantation des cultures d’été qui ont besoin de pousser…!

Aujourd’hui, il y a 2 serres qui représentent 1100m², et une troisième devrait arriver prochainement.

Aucun des légumes produits sur la ferme ne passe par une étape de réfrigération, afin de conserver au maximum la qualité et la fraîcheur de leur produit. De même, les récoltes sont faites au dernier moment, afin de livrer des produits le plus frais possible.

Pour préparer l’avenir, ils ont également planté des arbres fruitiers (pommes, poires, prunes, cerises, figues) qui donneront, si tout va bien, d’ici quelques années.

Les travailleurs de l’ombre sont nombreux sur la ferme :

Les vers de terre travaillent sans s’arrêter, Manou et Gabin y veillent pour favoriser la vie du sol.
Les abeilles ont leurs ruches au fond du terrain : ainsi, elles ne sont pas dérangées, et elles peuvent travailler à la pollinisation quand elles sont tranquilles !
Les oiseaux qui mangent certains insectes nuisibles
Les rapaces qui chassent les rongeurs

Des équipements adaptés pour plus de flexibilité

Pour ne pas courir sans arrêt pour gérer des questions techniques pouvant être automatisées, Manou et Gabin ont investi afin de rendre leur installation plus efficiente et ainsi gagner du temps (à consacrer aux cultures notamment…!) :

Les serres sont équipées d’une station météo qui mesure la température, le vent, la pluie, et qui commande les ouvertures latérales en fonction de ce qu’ont programmé Manou et Gabin.
L’arrosage est automatisé.
Ils disposent également d’une motteuse automatique, qui leur facilite grandement la tâche pour les semis (ils en font toute l’année!)


Aux grosses périodes, ils peuvent compter sur un coup de main familial sur la ferme ! Et cet été, pour la première fois, ils vont embaucher les deux filles de Roland (qui propose les œufs aux Loco-Motivés).

Les circuits de distribution

Ils sont concentrés en trois points :

La vente directe à la ferme. Etant presque en cœur de village, elle s’est imposée comme une animation dans la vie du village, et parce qu’elle favorise le contact direct.
En magasin bio à Rodez, et à quelques restaurateurs.
Et aux Loco-Motivés depuis mars 2019. (Merci à Roland qui leur a présenté les Loco 😉)

Des maraîchers heureux ?

Et bien oui ! Dès la deuxième année, Manou a pu entrevoir la possibilité de vivre de son activité, ce qui n’était pas gagné sur le papier. En effet, grâce à la confiance et à la fidélité des consommateurs, il a pu écouler toute sa production sans difficulté. Gabin appréciant également cette activité, dans laquelle il était déjà partiellement investi pour aider son beau frère, le GAEC a ainsi pu naître en janvier 2020.

 

Leur portrait chinois : s'ils étaient ...

  • Une recette préférée : le gaspacho
  • Un produit coup de coeur aux Loco : la tome du Vézou
  • Une couleur : le vert
  • Un super héros : Capitan Planeta
  • Un endroit : l' Alhambra à Grenade (Andalousie)
  • Un animal : une abeille
  • Un aliment : une tomate

Dans leur boulot, Gabin et Manou se partagent certaines tâches, un peu par préférence : Gabin adore les semis, et Manou préfère l’entretien des cultures. Ceci dit, ils sont tous les deux compétents dans tous les domaines, pour pouvoir se remplacer aisément, ce qui leur donne un certain confort de travail.

Et puis, ils ont des projets, c’est que tout va bien, non ? La troisième serre, donc, est prévue pour l’automne, et ils réfléchissent à un stockage plus adéquat pour les légumes de garde.

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