Benjamin Marietta, apiculteur engagé

Par Stéphanie DEGOUTE
Stéphanie Degoute
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Bonjour !

Nous allons aujourd’hui vous présenter Benjamin Marietta, un apiculteur âgé de 31 ans, marié et père d’une petite fille de 1an. Sa ferme est située dans la vallée du Tarn, à Trébas, entre Réquista et Alban.

Une histoire de famille

Il y a 5 ans, après l’obtention d’une licence en biologie et d’un début de master en écologie, il décide de se lancer dans la production de miel. Ainsi, il entreprend une formation BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation) en apiculture et se met à travailler en collaboration avec ses parents. Ces derniers, Richard et Geneviève Marietta produisent du miel sur leur exploitation depuis plus de 30 ans, ainsi que du vinaigre de miel, de la moutarde, de la teinture alcoolique de propolis, et des confitures.

Aujourd’hui, Benjamin dispose de 110 ruches, et s’occupe aussi de la centaine appartenant à ses parents. Il produit différents types de miel, parmi lesquels du miel de bruyère, de châtaigner, de montagne, de sarrazin et de tournesol, ainsi que du pollen, des bougies et du macérat huileux de propolis. 

L'apiculture, une activité rythmée par les saisons

Les premières récoltes commencent à la fin du mois de mars et se poursuivent jusqu’en septembre, avec un pique de production en juillet. Le reste de l’année, les abeilles domestiques se réfugient dans leurs ruches, sans pour autant hiberner, comme le font les abeilles sauvages. Elles y survivent pendant les 6 mois d’hiver, se nourrissant principalement du miel produit pendant l’été. Le rôle de Benjamin durant cette période est principalement de veiller à la survie de ses productrices de miel. En plus de la vente en ligne que Benjamin effectue par le biais des Loco-Motivés, il vend aussi ses produits en vente directe lors de foires et marchés, ainsi qu’à certaines Biocoop.

Les produits sous mention Nature et Progrès

L’ensemble de la ferme est sous mention Nature et Progrès, garantissant une qualité optimale de ses produits, mais dont le respect du cahier des charges rend la production de miel difficile. Benjamin, durant notre entretien, a en effet voulu me faire part des difficultés qu’il rencontrait, en tant que petit producteur d’un miel biologique de qualité.

L'abeille, un insecte fragile

L’apiculture est en effet un domaine difficile, dépendant des conditions climatiques. D’une année à l’autre, la production peut considérablement varier. Il m’explique que la récolte de 2019 fut catastrophique. « Cette année, je n’ai pu produire que 350 kg de miel avec 210 ruches, contre 2 tonnes en 2017. Les prix de vente du miel eux, ne varient pas ou très peu d’une année à l’autre ». Les abeilles sont effectivement à la merci des conditions climatiques, et surtout d’une espèce d’acarien parasite nommé le « Varroa Destructor ». Originaire de l’Asie du Sud-Est, il vit aux dépens de l’abeille asiatique « Apis cerana » qui résiste à ses attaques, contrairement à l’abeille Européenne domestique « Apis mellifera » qui n’y résiste pas. Conséquence de la mondialisation, elle attaque le système immunitaire des abeilles, les rendant d’autant plus sensibles aux produits phytosanitaires. Ainsi, Benjamin m’explique qu’il a essuyé ces dernières années une perte de plus de 30% du nombre de ruches par saison. La culture biologique, surtout lorsque l’on est labellisé par Nature et Progrès, rend plus difficile le traitement des abeilles face à ce parasite.  

Nature et Progrès, une marque exigeante

Comme autre point rendant le cahier des charges compliqué à respecter, Benjamin m’a aussi évoqué le problème de famine que peuvent rencontrer les abeilles. Afin de se nourrir, celles-ci consomment le miel qu’elles produisent dans leur milieu naturel. Dans l’apiculture conventionnelle, il est possible de les nourrir avec du sirop de sucre, dont la composition est parfois douteuse. Pour Benjamin, l’usage de ce sirop se doit d’être labellisé, et son usage est limité s’il souhaite respecter le cahier des charges Nature et Progrès. Ainsi, le miel consommé par les abeilles ne peut donc pas être vendu, ce qui représente une perte considérable. « Une apicultrice en conventionnel m’a expliqué qu’elle avait l’année précédente produit près de 3 tonnes, pour un nombre de ruches similaire. »

Le statut de cotisant solidaire

Sa production, étant faible, ne lui permet pas non plus d’obtenir le statut d’agriculteur, le nombre de ruches lui appartenant étant inférieur à 200. Il a donc le statut de cotisant solidaire, ne permettant pas d’obtenir les mêmes aides normalement réservées aux agriculteurs. Il m’explique donc qu’il souhaite attendre la retraite de ses parents afin de pouvoir reprendre la totalité de l’exploitation et enfin obtenir le statut.

Néanmoins, il craint de ne pas pouvoir vivre de l’apiculture jusqu’à ce moment-là, l’activité n’étant pour lui pas assez rentable.

Une activité précaire pour beaucoup

Benjamin m’explique que ce n’est pas une situation isolée, et que beaucoup d’apiculteurs labélisés rencontrent des difficultés similaires. Porteur de fortes valeurs écologiques, il n’est pas question pour lui de passer à de l’apiculture conventionnelle. En effet, j’ai lors de notre entretien compris qu’il ne considérait pas cette activité seulement comme un moyen de subsistance, mais aussi comme une façon de participer à la transition écologique aujourd’hui inévitable. Comme vous n’êtes pas sans le savoir, le sort des abeilles est de nos jours très inquiétant. Leur taux de mortalité se situe en moyenne autour de 30%, et les pertes hivernales peuvent même atteindre 50% dans certains cas. 30 à 40% des colonies ont été décimées en moins de 10 ans en Europe. Pourtant, l’abeille contribue à la reproduction de près de 80% des espèces de plantes à fleur, ce qui en fait un allier indispensable au maintien de l’équilibre des écosystèmes et de notre agriculture. Elles représentent une main d’œuvre gratuite, pollinisant notre planète sans ne rien demander en échange.

Son portrait chinois : s'il était ...

  • Une recette préférée : les lasagnes végétariennes de sa femme (et toute sa cuisine en général !)
  • Un produit coup de coeur aux Loco : le crunchy noisette et les avocats européens
  • Une couleur : le vert
  • Un super héros : Rahan
  • Un endroit : la Vallée du Tarn
  • Un animal : un bourdon (bombus terrestris)
  • Un aliment : des amandes

 

Benjamin est donc bien conscient de l’enjeu de leur survie, et a donc fait le choix de s’investir personnellement pour y contribuer.

Pourtant, la situation de précarité dans laquelle il se trouve aujourd’hui le fait hésiter.  » Si cette saison se révèle être aussi catastrophique que l’année dernière, je pense que vais être contraint d’arrêter l’activité d’apiculteur. Je ne me concentrerai sans doute que sur la transformation du miel et ses produits dérivés, en achetant du miel à d’autres producteurs. »

Les élèves de la Licence Pro Métiers du Tourisme d’Avignon.

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