La Ferme du Païdol, Emilie, Daniel, leurs chèvres, leurs poules et tous les autres

Par Stéphanie DEGOUTE
Stéphanie Degoute

C’est un peu stressée qu’Emilie m’a reçu ce jour-là pour « son interview ». Oui, ce grand mot lui fait un peu peur, mais c’est un très bon moment que nous avons passé pour préparer la présentation de la ferme du Païdol. Une toute petite ferme aux nombreux protagonistes. Les voici donc tour à tour présentés.

Daniel et Mireille

A l’origine, c’est Daniel et Mireille qui se sont installés sur la ferme familiale. Précurseurs sur de nombreux sujets qui nous intéressent aujourd’hui (la vente directe, la transformation à la ferme, …), ils sont en train de transmettre petit à petit leur ferme – et leur histoire !, à leur fille Emilie.

Après des études agricoles à Bordeaux, Daniel et Mireille s’installent sur la ferme des grands-parents de Daniel : 16ha, des brebis viande puis des canards gras en vente directe pour commencer. C’est en 1987 que les premières chèvres arrivent à la ferme suite à une crise conséquente sur la viande d’agneau. Les canards gras sont également arrêtés, et 6 vaches rejoignent les chèvres.

En 2006, Mireille se lance dans la fabrication de fromage à très petite échelle, production qui augmente avec l’entrée de Daniel et Mireille aux Loco-Motivés en 2013. En 2019, Mireille prend sa retraite : la ferme de Grascazes devient le GAEC du Païdol, et il est constitué de Daniel et Emilie.

On reste en famille donc, pour cette transmission ! Maintenant, c’est le départ à la retraite de Daniel qui doit se préparer dans les deux années à venir.

Emilie

Emilie qui est plutôt littéraire et bosseuse, ne se destinait pas du tout à l’agriculture ! Elle le dit elle-même, des trois filles de Mireille et Daniel, c’était sûrement celle qui venait le moins souvent à la ferme lorsqu’elles étaient petites. Elle a d’ailleurs longtemps été en poste à la médiathèque départementale du Tarn et Garonne, à Montauban où elle avait en charge la gestion du fond cinéma, et notamment des documentaires.

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Alors, qu’est ce qui l’a poussé à s’installer sur la ferme en 2019 ? C’est sûrement beaucoup de choses à la fois :

  • le départ à la retraite de Mireille et Daniel se précisait vraiment, et il n’y avait pas de projet de reprise ou de transmission.
  • Beaucoup de films documentaires qu’elle a pu visionner dans le cadre de son travail l’ont sensibilisé à la question du monde agricole et les discours entendus l’ont beaucoup touché.
  • Sa sensibilité à l’écologie et à l’environnement, inculquée par ses parents depuis toute petite.
  • Et son attention depuis bien longtemps à son alimentation : d’où viennent ses aliments et auprès de qui elle les achète.

Avec tout ça, elle commence à se dire qu’il faut trouver une solution pour que la ferme de Grascazes ne disparaisse pas ! Et petit à petit, l’idée a germé de pourquoi pas, elle aussi, participer concrètement au maintien d’un monde agricole comme elle l’imagine : une petite ferme, une petite production, une diversification et une transformation à la ferme.

Elle passe un BPREA à distance en 2018, tout en continuant à travailler et à s’occuper de sa petite famille. Au départ à la retraite de Mireille, Emilie s’installe pour la remplacer, c’est ainsi que le GAEC du Paidol vient remplacer l’EARL de Grascazes, constitué donc de Daniel et d’Emilie.

Aujourd’hui, Emilie ne regrette pas, même si elle trouve parfois que le métier est dur (les contraintes de la traite, le travail physique, le rythme, le manque de compréhension entre personnes du même métier, …), mais pour rien au monde, elle ne retournerait à son ancien boulot, qu’elle appréciait pourtant énormément.

Les chèvres

La production de lait de chèvre est la principale activité sur la ferme. Oui, mais pas n’importe comment :

Le modèle de production est un modèle mixte : une partie de lait part en laiterie, et une autre est transformée à la ferme (400L par semaine pour l’instant, mais l’objectif est d’en faire un peu plus). Cela permet à Emilie de ne pas transformer tous les jours, et notamment le week-end. Mais c’est parfois un peu compliqué à gérer sur la qualité du lait : ce n’est pas tout à fait la même chose qui est souhaité pour les deux modèles. Mais Daniel, l’expert nutrition du troupeau, veille au grain, A à la fois exigeant et pointu quand il s’agit de sélectionner les plantes des prairies qui seront paturées et fauchées, il fait au mieux pour proposer aux biquettes de la variété et de la diversité.

Le troupeau est constitué de 150 chèvres en lactation. La majorité sont issues de race alpines et saanen. Mais depuis quelques temps, pour apporter de la diversité, Emilie et Daniel ont choisi d’introduire petit à petit des chèvres issues de races à petits effectifs. Ainsi, quelques chèvres poitevines sont venues rejoindre le troupeau, et prochainement, ce sont des chèvres des Pyrénées ou des Provencales qui devraient arriver.

Les chèvres à Grascazes sont des chèvres heureuses : elles ont toutes un petit nom, et arrivent quand on les nomme (si, si, je l’ai vu !), et surtout, elles pâturent tous les jours quand le temps le permet, et en dehors des mises bas, soit de mars à décembre. C’est quelque chose qui reste assez rare chez les éleveurs de chèvres car ces petites bêtes sont très sensibles aux problèmes de parasitisme. Mais comme quoi, c’est possible quand on veut. Le cycle naturel des chèvres est également respecté avec une mise bas à partir de mi-février, et un arrêt de la lactation à partir de fin novembre. Et ce sont messieurs les boucs qui viennent faire leur travail quand c’est le moment.

Prochainement, les chèvres devraient se sentir encore mieux dans leur chèvrerie : Emilie et Daniel ont pour projet d’isoler le bâtiment cet automne pour protéger ces dames des courants d’air, auxquels elles sont assez sensibles.

Conduite en bio depuis une trentaine d’année, cette petite ferme de 36 hectares permet à Daniel et Emilie d’être autonome sur l’alimentation du troupeau en fourrages.

Les fromages

Emilie n’envisageait pas l’agriculture sans passer par la transformation de son lait. La production de lait étant bien complexe, elle et son père passent leur temps à essayer de faire ce qui est le mieux pour les chèvres. Alors juste mettre le lait au tank et ne pas voir concrètement le résultat de tous ces efforts n’était pas pensable pour elle.
Elle a donc mené son projet d’installation avec le projet de construction d’une fromagerie.

Dans son local tout neuf, Emilie transforme donc tous les matins le lait en fromage frais : bûche, crottin ou fromage frais. Son compagnon, Gilles (très investi aux Loco-Motivés puisqu’il est notre chef logistique en personne et membre du bureau depuis la dernière AG), porte un projet de transformation en yaourt.

Les fromages sont ensuite vendus aux Loco-Motivés bien sûr, au marché de Rodez le samedi matin, et à l’AMAP de Réquista. Si vous passez par Grascazes, vous pouvez même en acheter directement à la ferme.

Le petit plus ? Le poste de fromagerie est un poste très énergivore, et il tenait à cœur à Emilie d’être autonome là-dessus. Il y a donc une installation photovoltaïque sur la fromagerie qui leur permet de l’être.

Les poules

Daniel et Mireille avaient déjà diversifié la production de lait avec un atelier de vache allaitante et de poulet. Mais Emilie n’avait pas du tout envie de continuer avec des vaches : c’est un animal trop gros et trop imposant pour elle ! Ils se sont donc tournés vers un atelier poules pondeuses, un atelier pas trop difficile à mettre en œuvre, avec un temps passé limité et une vraie demande autour des œufs bio.

Et dans le même esprit que la gestion du troupeau de chèvres, les 200 poules sont bichonnées : elles vivent dans un grand parc, et ont un poulailler en bois de luxe, auto-construit. Et là aussi, Emilie cherche un peu de diversité dans les races de poules.

Et les protagonistes discrets mais néanmoins incontournables

Vous l’aurez compris, c’est une affaire de famille à Grascazes. Alors tout le monde s’y met !

 

Depuis 2019, Mireille a pris sa retraite, enfin, sur le papier biensûr, car vous vous doutez bien qu’on ne quitte pas sa ferme comme ça, et qu’elle est encore très présente pour aider Emilie, notamment à la traite, sur l’atelier de poules pondeuses et les tournées des Loco.

Gilles, devrait s’installer sur la ferme au départ à la retraite de Daniel. Après avoir mis au point la recette et la fabrication des crèmes au caramel, il aimerait maintenant concrétiser un projet de transformation du lait en yaourt.

Son portrait chinois : si elle était ...

  • Une recette préférée : le gratin d'aubergines (c'est ma mère qui les fait, moi je les mange !)
  • Un produit coup de coeur aux Loco : le yaourt de Manu ou les sablés aux chocolat de Mescladis
  • Une couleur : bleu
  • Un super héros : une super héroine déjà, pourquoi pas Ruth Bader Ginsburg, je trouve que c'est une femme de poigne
  • Un endroit : les Cévennes
  • Un animal : les gorilles et les chimpanzés

 Il fourmille d’idées pour ouvrir la ferme au public : des sorties nature (on a testé en famille une sortie autour des chants d’oiseaux et c’était très chouette !), des visites de la ferme pour expliquer le métier d’agriculteur, des projections de films, etc… . Il travaille également beaucoup sur la partie communication qui demande du temps et un gros travail de veille (site internet, flyers, etc..). En attendant, il est désigné Mr Bricolage sur la ferme, dès que son emploi du temps le lui permet

Et puis je suis sûre que les deux enfants de Gilles et Emilie mettent aussi leurs petites mains à contribution pour la traite, pour amener les chèvres au pré ou pour les rentrer, et pour goûter tous les fromages !

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