Céline et Chantal, productrices de spiruline

Par Stéphanie DEGOUTE
Stéphanie Degoute

Il y a une dizaine d’années, Céline souhaitait s’installer en agriculture. La spiruline ? Elle est tombée dedans comme on dit. Portrait de cette ferme à la production atypique et qui adhère aujourd’hui aux Loco-Motivés.

Pour commencer, la spiruline, c’est quoi ?

Et bien, c’est une cyanobactérie ! Apparue sur terre il y a plus de 3 milliards d’années, elle fait partie de la famille des micro-algues bleues qui furent les premiers organismes à réaliser la photosynthèse. C’est une bactérie aquatique en forme de spirale qui vit naturellement dans les lacs salés et alcalins des régions chaudes du globe. Redécouverte dans les années 60, elle est aujourd’hui cultivée partout dans le monde.

Ok, mais à quoi sert-elle ?

La spiruline est une petite bombe nutritive. Elle est très riche en protéines, elle contient de nombreux vitamines, minéraux et oligo-éléments, et notamment un fort taux de fer. Enfin, c’est un revitalisant naturel et un anti-oxydant très puissant. La spiruline peut être consommée par tous pour apporter tonus et vitalité, pour renforcer, rééquilibrer et détoxifier le corps.

Voilà, les présentations sont faites. Passons à la présentation de celles qui la cultivent :

 

Céline et Chantal.

Le projet d’installation est partie de Céline il y a une bonne dizaine d’années. Elle cherchait à s’installer pour une activité agricole.

Contact

La spiruline lui semblait une bonne option car c’est une activité agricole liée au vivant, et elle a du sens pour elle : c’est une production qui nécessite peu d’eau, peu de surface, peu d’énergie, et nutritionnellement c’est très riche. Elle a commencé la culture de la spiruline il y a 7 ans sur un terrain prêté par un agriculteur sur le Causse Noir et y a installé une serre tunnel pour démarrer l’activité. Chantal est arrivée un peu plus tard sur la ferme, elles ont alors cherché une solution plus pérenne. Après une longue recherche de foncier, c’est finalement le maire de St-Rome-de-Cernon qui a accueilli avec bienveillance le projet et a contacté le propriétaire d’un terrain correspondant à leurs besoins. Et c’était partie pour l’aventure de la construction d’une toute nouvelle ferme de culture de spiruline.

Aujourd’hui, c’est Céline qui s’occupe de la partie vente et de la partie administrative. C’est Chantal qui se charge de tous les petits travaux et bricole pas mal de petites choses pour adapter des outils à la production de spiruline. C’est ensemble qu’elles se chargent de la production et de la récolte.

La production, comment ça marche ?

En tout premier lieu, avec des bassins ! Céline et Chantal ont profité de travaux d’adduction d’eau pour s’y raccorder. L’eau utilisée passe par un filtre à particules puis dans un filtre à charbon actif, enfin, elle est redynamisée. Après les travaux de terrassement et de réseaux, Céline et Chantal ont installé une serre bi-tunnel pour accueillir 4 bassins, pour un total de 600m² de surface de culture.

La spiruline peut croitre de 25% par jour dans des conditions optimales en pleine saison. Elle commence à se développer à partir d’une eau à 18°. Elle a besoin d’une eau saumâtre, d’un pH basic et d’un apport en nutriments tous les jours pendant la saison. A l’aide d’une roue à aube auto-construite, l’eau des bassins est agitée régulièrement. La saison de production s’étale de mai à octobre en général. Quand la spiruline est suffisamment concentrée et qu’elle est prête à être récoltée, la couche de surface est récoltée et filtrée par Céline et Chantal très tôt le matin. Dans un bassin, elles peuvent ramasser jusqu’à 30kg de biomasse de spiruline par jour, ce qui équivaut à 3kg de spiruline sèche. L’objectif est d’atteindre une production de 400kg de spiruline sèche par an pour pouvoir vivre de l’activité à deux.

Une fois la spiruline récoltée, elle est immédiatement séchée : Céline et Chantal la presse pour enlever le plus d’eau possible. Ensuite, la spiruline est passée dans un « poussoir à saucisse » modifié de manière à sortir des spaghettis d’1,5mm. Ces filaments sont ensuite séchés pendant 6 à 7h et vers 19h, la spiruline est prête à être concassée en brindilles. Le séchoir utilise l’air chaud de la serre pour minimiser le plus possible l’utilisation d’électricité.

Par ailleurs, Céline et Chantal sont extrêmement vigilantes à la qualité de l’eau et des produits et font très régulièrement des analyses (métaux lourds, bactériologie…). Dans tous les process de transformation, il y a une vraie réflexion de la part de Céline et Chantal sur l’utilisation des énergies, dans l’idée, vous l’aurez compris, d’être le plus minimaliste possible dans les consommations. Ainsi, le poussoir est manuel (d’ailleurs, elles ont de bien meilleures sensations comme cela et elles « sentent » déjà comment va être le produit), le séchoir utilise l’air naturellement chauffé par la serre…

La spiruline est ensuite conditionnée pour la vente. Céline et Chantal proposent plusieurs manières de la consommer : en brindilles ou en poudre. La spiruline peut être saupoudrée sur des salades, mélangées à des smoothies ou jus de fruit, intégrée à une préparation type pesto ou guacamole. Et pour les plus gourmands ou les besoins spécifiques, Céline et Chantal ont concocté des mélanges un peu spéciaux, tout prêts à être utilisés : un mélange avec des graines, deux mélanges avec des épices et de la poudre de baobab ou du moringa issus du commerce équitable.

Vous pouvez trouver leurs produits sur le marché de Millau le vendredi matin, de St-Affrique tous les samedis matin, et dans pas mal de boutiques locales (Biocoops de St-Affrique et Millau, Marché Paysan, Epicerie del Pais, Clic à la Ferme…), et donc aux Loco-Motivés désormais.

Pour le développement d’une spiruline éthique

En dehors de sa ferme, Céline est investie pour participer à la recherche et à l’évolution des pratiques autour de la spiruline :

Elle fait partie de la Fédération des Spiruliniers de France qui travaille, entre autre, pour une culture de spiruline biologique cohérente, éthique et adaptée aux petits producteurs.

En effet, les Spiruliniers de France « n’adhèrent pas » au cahier des charges « Algues marines » en l’état actuel et qui leur est imposé par l’Europe pour la culture biologique : ce cahier des charges bio « européen » est tout sauf écologique, c’est la théorie du bio sans les garanties pour la planète et le consommateur. En effet , il impose l’apport de matières organiques dans les milieux de culture ce qui amène à changer les milieux très fréquemment soit dix fois plus d’eau consommée et surtout rejetée avec des effluents chargés à retraiter. Les Spiruliniers de France revendiquent aussi le statut de « Cyanobactérie » et non celui « d’Algue marine » avec les spécificités de milieux et de techniques de cultures qui sont celles des petites fermes paysannes bien différentes des modalités industrielles.

Pour le moment, Céline et Chantal ont fait le choix de répondre au cahier des charges privé Ecocert « production de micro-algues d’eau douce ou saumâtre », plus exigent et cohérent du point de vue de la biologie de la spiruline. En effet, l’actuel cahier des charges bio européen, qui autorise l’utilisation d’une source azoté issue du soja, de la canne à sucre ou de « plantes du désert », est contraire à leur éthique.

 

C’est souvent l’origine de ce nutriment qui pose d’ailleurs problème dans de nombreuses discussions. Contrairement au bio européen, une source d’azote mixte d’origine végétale et animale est autorisée par le cahier des charges privé Ecocert. C’est d’ailleurs avec un sous produit de la méthanisation que Chantal et Céline nourrissent la spiruline. Alors, même si ce n’est pas la panacée, c’est un nutriment que l’on sait produire en France.

Et justement, c’est la deuxième manière pour Céline et Chantal de s’investir dans l’évolution des pratiques, en lien étroit avec la Fédération des Spiruliniers, avec le projet d’installer une petite serre et deux nouveaux bassins dédiés spécifiquement à la recherche de nutriments pouvant être produits localement et éthiquement.

A suivre donc !

Le portrait chinois de Chantal : si elle était ...

  • Une recette préférée : les tomates farçies de ma maman
  • Un produit coup de coeur aux Loco : les farçous de Sandra, les bières de Jean-Charles
  • Une couleur : le bleu
  • Un super héros : Mac Gyver
  • Un endroit : le Pic du Pal
  • Un animal : un beauceron

Le portrait chinois de Céline : si elle était ...

  • Une recette préférée : un pesto de spiruline fraiche au basilic, ail, jus de citron et huile d'olive
  • Un produit coup de coeur aux Loco : le simmental de Bouteillous
  • Une couleur : le bleu du ciel juste avant l'orage
  • Un super héros : Rahan
  • Un endroit : les gorges de la Jonte
  • Un animal : le gypaète barbu
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